Aller au contenu
ECRtest

Les styles d’attachement chez l’adulte

Les styles d’attachement décrivent la façon dont une personne vit la proximité : à quel point elle redoute de perdre un lien proche et avec quelle facilité elle s’appuie sur les autres. Chez l’adulte, on en distingue en général quatre, qui se définissent par deux axes : l’anxiété d’abandon et l’évitement de l’intimité.

Par la rédaction d’ECRtest · Mis à jour le 12 octobre 2026 · 10 min de lecture

En bref

  • Aujourd’hui, la recherche retient le plus souvent les 4 styles d’attachement chez l’adulte, et non trois.
  • Deux axes suffisent à définir chaque style : l’anxiété d’abandon d’un côté, l’évitement de l’intimité de l’autre.
  • Les styles sont des zones d’une même carte, aux frontières floues, et non des cases séparées.
  • Un style n’est pas un diagnostic : il décrit des habitudes dans les relations, et ces habitudes évoluent avec l’expérience.

Ce que signifie l’attachement chez l’adulte

Le psychiatre John Bowlby a décrit l’attachement comme un système inné : quand elle a peur, une personne se rapproche de qui peut la protéger, et se sent en sécurité à ses côtés (Bowlby, 1969). Pour un tout-petit, ce rôle revient en général aux parents. Chez l’adulte, il revient à la personne aimée, à des amis proches, et souvent encore aux parents. Ce système s’active surtout en cas de stress, de maladie ou de séparation.

Le style d’attachement, c’est la manière dont ce système fonctionne d’habitude chez une personne. Certaines personnes demandent facilement du soutien et vivent tout aussi sereinement le temps passé loin des autres ; d’autres ont peur d’être laissées de côté ; d’autres encore préfèrent faire face par leurs propres moyens. Ces habitudes naissent de l’expérience, et la psychologie les étudie depuis Bowlby, soit depuis plus d’un demi-siècle.

Un mot sur les enfants : leur attachement s’étudie avec d’autres méthodes, et les catégories de l’enfance ne correspondent pas terme à terme aux styles de l’adulte. La suite de cette page parle des adultes et de la façon dont les styles s’organisent entre eux.

Les quatre styles d’attachement en bref

Voici les styles d’attachement que l’on rencontre chez l’adulte. Chaque style a sa propre page, avec ses signes, ses causes et la façon dont il évolue : ici, on s’en tient à l’essentiel. On parle aussi de types d’attachement, et la littérature emploie parfois d’autres noms, comme détaché, préoccupé ou craintif, mais ils désignent les mêmes quatre zones. Les trois derniers styles de la liste forment ce qu’on appelle l’attachement insécure, par opposition au style sécure.

  1. Sécure. Les deux axes sous la moyenne. La proximité ne fait pas peur, la distance se vit calmement, et demander du soutien vient naturellement. Plus de détails sur la page du style sécure.

  2. Anxieux. Une anxiété plus élevée que la moyenne, un évitement plus bas. Le lien semble fragile, les silences inquiètent, et le besoin de signes rassurants revient sans cesse. Son fonctionnement est expliqué dans la présentation du style anxieux.

  3. Évitant. Un évitement plus élevé que la moyenne, une anxiété plus basse. Compter sur soi paraît plus naturel que compter sur quelqu’un d’autre, et une proximité intense donne envie de reculer d’un pas. Pour aller plus loin : le style évitant.

  4. Évitant craintif. Les deux axes au-dessus de la moyenne. La personne recherche la proximité et la redoute à la fois, d’où ce va-et-vient « plus près, puis plus loin ». Ce style évitant craintif est souvent appelé désorganisé : sa page explique ce que ce mot recouvre vraiment.

Deux axes plutôt que quatre cases

Pendant longtemps, on déterminait soi-même son style : on lisait quelques descriptions et l’on gardait celle qui correspondait le mieux. À la fin des années 1990, une équipe de recherche a rassemblé des dizaines de questionnaires et constaté que presque tous mesuraient deux choses : l’anxiété et l’évitement (Brennan et al., 1998). Le questionnaire ECR-R, sur lequel repose notre test, est construit sur ces deux axes (Fraley et al., 2000).

Des études plus récentes ont cherché à savoir si les styles forment des groupes de personnes bien séparés. La réponse est non : les gens se répartissent de façon continue le long des axes, sans frontières nettes (Fraley et al., 2015). C’est pourquoi il est plus juste de voir les styles comme des zones sur une carte. Un point peut se trouver au cœur d’une zone ou tout près de son bord, et ces deux résultats ne se lisent pas de la même façon. Au cœur de la zone, le schéma décrit vous parlera sans doute tout de suite ; près du bord, deux schémas se mélangent.

Quatre styles sur deux axes

Quatre styles sur deux axes
StyleAnxiétéÉvitementPart des résultats
Sécureen dessous de la moyenneen dessous de la moyenneenviron 32 %
Anxieuxau-dessus de la moyenneen dessous de la moyenneenviron 18 %
Évitanten dessous de la moyenneau-dessus de la moyenneenviron 19 %
Évitant craintifau-dessus de la moyenneau-dessus de la moyenneenviron 31 %

Les parts sont calculées à partir des normes de Fraley selon notre règle : chaque frontière passe par la moyenne de son axe.

AnxieuxÉvitantcraintifSécureÉvitant

Dans quelle zone se situe votre point ?

Le test mesure les deux axes et nomme votre style, ainsi que les styles voisins si votre point est près d’une frontière.

Passer le test
  • 72 affirmations
  • 10-15 minutes
  • sans inscription

D’où viennent les styles d’attachement

Les styles d’attachement ne sont pas nés du jour au lendemain : la théorie s’est construite en une trentaine d’années, de l’observation des tout-petits aux questionnaires pour adultes. Chaque étape a gardé ce qui fonctionnait et corrigé le reste. Voici les principales.

  1. John Bowlby, 1969. Il explique pourquoi l’enfant a besoin d’attachement : la proximité d’un adulte le protège, et l’élan qui l’y pousse est inscrit en nous aussi profondément que la faim. Bowlby ne décrit pas encore de styles ; il décrit le système lui-même.

  2. Mary Ainsworth, 1978. Elle décrit les expériences de la « situation étrange » : un tout-petit reste quelques minutes avec une personne inconnue, et l’on observe comment il accueille sa mère à son retour. Son livre de 1978 distingue trois schémas : sécure, évitant et anxieux-ambivalent (Ainsworth et al., 1978).

  3. Cindy Hazan et Phillip Shaver, 1987. Ils transposent l’idée à l’amour entre adultes. Dans un questionnaire publié par un journal, des volontaires choisissent parmi trois courtes descriptions celle qui leur correspond le mieux, et la répartition obtenue rappelle beaucoup celle qu’on observe chez les enfants (Hazan & Shaver, 1987).

  4. Mary Main et Judith Solomon, 1990. Elles remarquent que le comportement de certains enfants n’entre dans aucun de ces schémas : ils vont vers leur mère, puis se figent. Une quatrième catégorie apparaît ainsi chez l’enfant : l’attachement désorganisé (Main & Solomon, 1990).

  5. Kim Bartholomew, 1991. Elle distingue deux formes d’évitement chez l’adulte : une forme calme, avec une image positive de soi, et une forme craintive, faite de doutes sur soi-même. On compte désormais quatre styles chez l’adulte (Bartholomew & Horowitz, 1991).

  6. Des échelles plutôt que des descriptions, 1998. Le choix d’une description cède la place à la mesure : d’abord l’ECR (Brennan et al., 1998), puis l’ECR-R, qui mesure chaque axe avec 18 affirmations et compare les scores aux normes d’un grand échantillon (Fraley et al., 2000).

Pourquoi quatre styles et pas trois

Les articles grand public citent encore souvent trois styles : sécure, anxieux et évitant. C’est le schéma de Hazan et Shaver, hérité des observations d’enfants, et beaucoup de sites l’utilisent toujours. Pourtant, dès le début des années 1990, il était clair qu’une seule étiquette « évitant » cachait deux expériences très différentes (Bartholomew, 1990).

Une personne peut vivre la distance sans effort : elle a confiance en elle et a l’habitude de se passer d’une proximité constante. Une autre garde ses distances par peur : elle désire la proximité, mais s’attend à en souffrir. Vues de l’extérieur, ces deux personnes se ressemblent ; vues de l’intérieur, presque tout les oppose, et elles n’ont pas besoin de la même aide.

Deux axes dessinent naturellement quatre zones : voilà pourquoi la carte compte quatre styles. Pour autant, l’évitement craintif ne se confond pas avec l’attachement désorganisé, qu’on repère en observant les tout-petits ou, chez l’adulte, grâce à un entretien structuré ; les résultats de l’entretien et ceux du questionnaire se recoupent très peu (Roisman et al., 2007). Nos résultats distinguent donc quatre styles, et non trois, et c’est aussi pourquoi chaque style a ici sa propre page.

La zone frontière : quand un seul style ne suffit pas

Les frontières entre les zones passent par les valeurs moyennes de l’échantillon de Fraley. Quand un point se trouve tout près d’une frontière, à moins d’un quart d’écart type de l’axe, une étiquette unique forcerait le trait : le résultat indique alors aussi les styles voisins. Cela arrive à environ 34 % des personnes : ce n’est donc pas rare.

Le style peut aussi varier d’une relation à l’autre. La première partie du test porte sur la vie amoureuse ; la seconde vous interroge tour à tour sur votre mère, votre père, l’amitié qui compte le plus pour vous et vos proches en général. L’attachement est souvent sécure avec une personne et anxieux avec une autre (Fraley et al., 2011). Mieux vaut donc voir le style comme une photographie de la proximité telle que vous la vivez en ce moment, et non comme un trait fixé une fois pour toutes. Dans six mois, votre point sera peut-être ailleurs.

Un résultat à la frontière n’est pas une erreur du test. Il signale que les deux schémas voisins vous sont familiers, et qu’il vaut la peine de lire les pages des deux styles : c’est souvent dans ce mélange, plus que dans une étiquette unique, que l’on se reconnaît le mieux.

Questions fréquentes

  1. Quel est le style d’attachement le plus répandu ?
    Tout dépend de la façon de compter. Dans les enquêtes où l’on choisit une description parmi trois, le style sécure arrive en tête : 59 % dans un échantillon représentatif de la population des États-Unis (Mickelson et al., 1997). Si l’on place la frontière de chaque axe à sa moyenne, d’après les normes de Fraley, deux styles arrivent à peu près à égalité, sécure et évitant craintif, avec environ un tiers des résultats pour l’un comme pour l’autre.
  2. Quel est le meilleur style d’attachement ?
    Les relations se passent en général plus facilement avec un style sécure : les études associent l’anxiété et l’évitement à des relations moins satisfaisantes (Li & Chan, 2012). Mais ce n’est pas un verdict sur la personne. Chaque style a un jour aidé quelqu’un à s’adapter à son entourage, chaque style apporte aussi des qualités, et chaque style peut évoluer.
  3. Est-ce Bowlby qui a défini les styles d’attachement ?
    Bowlby lui-même ne classait pas les gens par styles : il décrivait l’attachement comme un système présent chez tout le monde. Les styles sont apparus ensuite, avec les observations de tout-petits menées par Mary Ainsworth, et les styles de l’adulte plus tard encore, avec Hazan et Shaver, puis avec Bartholomew. Parler des « quatre styles de Bowlby » est donc un abus de langage : les quatre styles de l’adulte sont postérieurs à ses travaux.
  4. Style d’attachement et personnalité, est-ce la même chose ?
    Les traits de personnalité décrivent une personne en général, alors que l’attachement concerne précisément les relations proches : la peur de perdre quelqu’un et la facilité à se reposer sur les autres. Il existe des liens avec les traits de personnalité, mais ils restent modérés (Noftle & Shaver, 2006). Une personne très extravertie peut donc tout à fait avoir un style évitant.

Les pages des quatre styles

Sources (14)

  1. Bowlby J. (1969). Attachment and Loss: Vol. 1. Attachment. New York: Basic Books.
  2. Ainsworth M. D. S., Blehar M. C., Waters E., Wall S. (1978). Patterns of Attachment: A Psychological Study of the Strange Situation. Hillsdale, NJ: Erlbaum.
  3. Hazan C., Shaver P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511-524.
  4. Bartholomew K. (1990). Avoidance of intimacy: An attachment perspective. Journal of Social and Personal Relationships, 7(2), 147-178.
  5. Main M., Solomon J. (1990). Procedures for identifying infants as disorganized/disoriented during the Ainsworth Strange Situation. In M. T. Greenberg, D. Cicchetti, E. M. Cummings (Eds.), Attachment in the preschool years: Theory, research, and intervention (pp. 121-160). Chicago: University of Chicago Press.
  6. Bartholomew K., Horowitz L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226-244.
  7. Mickelson K. D., Kessler R. C., Shaver P. R. (1997). Adult attachment in a nationally representative sample. Journal of Personality and Social Psychology, 73(5), 1092-1106.
  8. Brennan K. A., Clark C. L., Shaver P. R. (1998). Self-report measurement of adult attachment: An integrative overview. In J. A. Simpson, W. S. Rholes (Eds.), Attachment theory and close relationships (pp. 46-76). New York: Guilford Press.
  9. Fraley R. C., Waller N. G., Brennan K. A. (2000). An item response theory analysis of self-report measures of adult attachment. Journal of Personality and Social Psychology, 78(2), 350-365.
  10. Noftle E. E., Shaver P. R. (2006). Attachment dimensions and the big five personality traits. Journal of Research in Personality, 40(2), 179-208.
  11. Roisman G. I., Holland A., Fortuna K., Fraley R. C., Clausell E., Clarke A. (2007). The Adult Attachment Interview and self-reports of attachment style: An empirical rapprochement. Journal of Personality and Social Psychology, 92(4), 678-697.
  12. Fraley R. C., Heffernan M. E., Vicary A. M., Brumbaugh C. C. (2011). The Experiences in Close Relationships - Relationship Structures Questionnaire. Psychological Assessment, 23(3), 615-625.
  13. Li T., Chan D. K.-S. (2012). How anxious and avoidant attachment affect romantic relationship quality differently: A meta-analytic review. European Journal of Social Psychology, 42(4), 406-419.
  14. Fraley R. C., Hudson N. W., Heffernan M. E., Segal N. (2015). Are adult attachment styles categorical or dimensional? A taxometric analysis of general and relationship-specific attachment orientations. Journal of Personality and Social Psychology, 109(2), 354-368.

Vérifié le 5 octobre 2026

Passez le test et situez votre propre point sur la carte.

Passer le test