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Le couple anxieux-évitant, vu des deux côtés

Quand un style anxieux rencontre un style évitant, les disputes suivent souvent le même scénario : une personne s’approche, l’autre recule, et sans le vouloir, chaque personne pousse l’autre un peu plus loin. Voici comment fonctionne ce cycle, ce que la recherche dit de ces couples et comment le ralentir.

Par la rédaction d’ECRtest · Mis à jour le 12 octobre 2026 · 12 min de lecture

En bref

  • Sous le stress, une personne recherche le contact, l’autre a besoin d’espace, et le cycle se met en route.
  • Les personnes anxieuses et les personnes évitantes s’attirent-elles ? Les résultats de la recherche sont partagés.
  • Ce couple n’est pas condamné : les étiquettes de style ne permettent pas de prédire l’avenir d’une relation.
  • Le cycle s’apaise quand les pauses sont annoncées à l’avance et que les demandes se font avec douceur et franchise.

Comment fonctionne le cycle poursuite-retrait

En général, tout se déroule de la même façon. Quelque chose ébranle le couple : une réponse sèche, un projet annulé, la fatigue d’une semaine difficile. Avec un style anxieux, le plus important à ce moment-là est de renouer le lien : en parler et entendre que tout va bien, maintenant plutôt que demain. La personne au style plutôt évitant cherche l’inverse : s’éloigner et gérer la situation de son côté jusqu’à retrouver son calme. Chaque personne fait ce qui l’aide à s’apaiser.

Le problème, c’est que chaque geste tombe pile sur le point sensible de l’autre. Côté évitant, une avalanche de questions et de messages est vécue comme une pression, et le recul s’accentue. Côté anxieux, ce silence a tout d’un refroidissement, et l’insistance redouble. Au bout de quelques tours, la dispute ne porte plus sur la réponse sèche, mais sur le cycle lui-même : « tu ne m’écoutes jamais » contre « tu ne me laisses pas respirer ». Beaucoup de couples le décrivent comme un piège. La recherche sur les couples parle de dynamique demande-retrait.

Ce schéma s’observe nettement plus souvent quand au moins une des deux personnes a un attachement insécure. Dans une étude par questionnaire portant sur 147 couples, ces couples-là déclaraient des écarts plus grands entre les besoins de proximité de chaque personne, et davantage de communication demande-retrait, que les couples où les deux étaient sécures (Millwood & Waltz, 2008). Dans une autre étude, les couples où les deux personnes étaient insécures rapportaient le plus de demande-retrait et d’évitement mutuel, et les couples où les deux étaient sécures, la communication la plus constructive (Domingue & Mollen, 2009).

Ce qui se passe de chaque côté

Vu de l’extérieur, le cycle ressemble à un bras de fer entre deux personnes têtues. Vu de l’intérieur, chaque personne a la certitude de ne faire que se protéger, et d’une certaine façon, c’est vrai.

  1. La personne qui poursuit. Pour la personne qui poursuit, le silence sonne l’alarme : si l’autre se tait, c’est que quelque chose ne va pas. Chaque nouveau message se veut une tentative de retrouver le lien, pas une attaque. Plus le silence dure, plus l’anxiété monte et plus les mots deviennent tranchants, mais au fond, c’est toujours la même demande : « Dis-moi que tout va bien entre nous. »

  2. La personne qui se retire. Pour cette personne, la pression, c’est devoir expliquer ses sentiments avant d’avoir pu les mettre en mots, ou se faire happer par l’anxiété de l’autre. Une pause lui laisse le temps de se calmer et de rassembler ses idées. S’éloigner ne veut pas dire « je m’en fiche ». Souvent, on prend du recul justement parce qu’on tient à l’autre, sans savoir encore quoi dire.

Personne n’a le mauvais rôle ici. Les deux personnes veulent la même chose : retrouver le calme. Seulement, leurs chemins partent dans des directions opposées, et c’est là la vraie difficulté de ce couple.

Le stress touche les deux, même la personne qui se tait

Une étude suggère que ce cycle se joue aussi dans le corps, pas seulement dans les mots. Des couples récemment mariés se préparaient à discuter d’un conflit pendant que l’équipe de recherche mesurait leur cortisol, une hormone du stress. Dans les couples où la femme avait un style anxieux et l’homme un style évitant, le cortisol montait fortement chez les deux personnes dès l’attente de la conversation, puis retombait vite (Beck et al., 2013). Côté anxieux, il était difficile de voir que l’autre souffrait aussi, et côté évitant, de se tourner vers l’autre pour trouver du soutien.

Une réserve : dans la combinaison inverse, avec un homme au style anxieux et une femme au style évitant, ce pic ne se reproduisait pas, et il faut donc se garder d’appliquer ces résultats à tous les couples. Mais pas besoin de laboratoire pour saisir l’essentiel : la secousse vous atteint de part et d’autre ; simplement, une personne réagit en se rapprochant, l’autre en s’éloignant. La personne assise en silence dans la pièce d’à côté est souvent aussi bouleversée que celle qui envoie un cinquième message d’affilée.

Anxieux et évitant : deux styles qui s’attirent ?

La psychologie grand public affirme souvent que ces deux styles finissent forcément par se trouver. Les données sont plus nuancées. Dans un suivi de 354 couples sur plusieurs années, les styles ne s’associaient pas au hasard : aucun couple n’était formé de deux styles anxieux ou de deux styles évitants (Kirkpatrick & Davis, 1994). Mais une autre série d’études n’a trouvé aucun signe d’attirance entre personnes anxieuses et évitantes. Les personnes anxieuses se montraient même plutôt réticentes face aux profils évitants (Frazier et al., 1996).

Honnêtement, tout dépend donc de l’échantillon, et de ce qui a été étudié : de vrais couples ou des préférences exprimées lors d’une expérience. Rien ne confirme la règle selon laquelle « les contraires s’attirent ». En revanche, il est logique qu’au début, les qualités de chaque personne séduisent l’autre : le calme et l’indépendance peuvent plaire à la personne au style plutôt anxieux, la chaleur et l’esprit d’initiative à l’autre. Le cycle apparaît souvent plus tard, à mesure que le lien se resserre et que surviennent les premiers vrais désaccords.

Stabilité ne veut pas dire bonheur

Deux mythes opposés circulent en ligne : ces couples seraient condamnés, ou au contraire ce serait la combinaison la plus stable de toutes. Le second remonte à une étude où deux groupes avaient étonnamment peu de ruptures sur trois ans : les hommes au style évitant et les femmes au style anxieux (Kirkpatrick & Davis, 1994). Mais ce résultat décrit chaque groupe séparément, pas des couples formés d’une personne anxieuse et d’une personne évitante. Et la durée ne dit rien de la satisfaction : les personnes interrogées accordaient elles-mêmes des notes assez basses à ces relations.

Le premier mythe ne tient pas non plus. Dans une grande étude menée auprès de 1 014 couples, l’association de l’anxiété d’une personne et de l’évitement de l’autre n’avait pas d’effet propre sur la satisfaction ni sur la stabilité. Ce qui comptait, c’était à quel point chaque personne était anxieuse et évitante (Conradi et al., 2021). L’étude précise toutefois que cela ne rend pas le cycle demande-retrait anodin. Reste que la réussite d’une relation « anxieux-évitant » ne se joue pas sur les étiquettes : beaucoup dépend de ce que font les deux personnes une fois le cycle lancé.

Ce qui aide à interrompre le cycle

Si vous cherchez des solutions, voici le résultat le plus encourageant de la recherche sur les couples : le comportement d’une personne peut atténuer les réactions défensives de l’autre (Simpson & Overall, 2014). Dans l’observation de 180 couples où une personne demandait à l’autre de changer quelque chose, les personnes évitantes montraient moins de colère et se retiraient moins quand la demande était faite avec douceur, dans le respect de leur indépendance et avec un signe clair de l’importance qu’on leur accordait (Overall et al., 2013).

  1. Dire quand on revient. La personne qui a besoin de s’éloigner annonce d’emblée l’heure du retour : « dans une heure » ou « demain matin ». L’autre sait que la conversation est reportée, pas annulée, et l’attente devient plus supportable.

  2. Un début en douceur. Commencez par vos propres sentiments et un moment précis : « Samedi, la solitude m’a pesé » plutôt que « tu n’as jamais de temps ». La personne au style plutôt évitant reste alors plus facilement dans la conversation au lieu de se mettre sur la défensive.

  3. Des nouvelles, par petites touches. Un bref « ça va ? » au milieu de la journée, la promesse de se parler le soir. Pour la personne au style plutôt anxieux, ce sont des points d’appui ; pour l’autre, ils demandent très peu d’effort.

  4. Travailler sur sa propre part. Côté anxieux, il est utile d’avoir des façons de se calmer qui ne passent pas toutes par la relation : les amitiés, ses propres centres d’intérêt, des habitudes rassurantes. Côté évitant, il est bon de s’exercer à l’ouverture à petites doses, par exemple en partageant une difficulté avant qu’elle soit résolue.

Enfin, une règle passe avant toutes les autres : parlez du cycle à froid, pas quand vous êtes en plein dedans. En pleine dispute, toute explication sonne comme un reproche, mais les mêmes mots, un jour plus tard, sont reçus tout autrement.

Des questions pour une soirée tranquille

Gardez ces questions pour une soirée ordinaire, quand aucune des deux personnes n’est sous le coup de la colère ni ne cherche à avoir le dernier mot. Répondez à tour de rôle et ne contestez pas les réponses de l’autre, même si elles vous surprennent : vous apprenez à quoi ressemble le cycle vu de l’autre côté.

  • « À quoi penses-tu en général quand je mets longtemps à répondre ? »
  • « Qu’est-ce que je dis qui te met la pression ? »
  • « De combien de temps as-tu besoin pour te calmer après une dispute ? »
  • « À quoi je verrai que la pause est finie et qu’on peut reprendre la conversation ? »
  • « Qu’est-ce qui t’aide à sentir que je suis là pour toi, même à distance ? »
  • « Quelle dispute revient sans cesse entre nous, et comment commence-t-elle d’habitude ? »

Ces réponses vous serviront la prochaine fois que le cycle se mettra en route. Au lieu de deviner, vous aurez des mots dits dans le calme et des accords sur lesquels vous appuyer dans un moment difficile.

Quand une aide extérieure a du sens

Si le cycle dure depuis des mois et qu’il vous épuise de part et d’autre, une thérapie de couple vaut la peine d’être envisagée. Une des approches les plus étudiées, l’EFT, issue de la théorie de l’attachement, travaille directement sur ce type de cycle. Une méta-analyse regroupant 20 études a montré qu’en moyenne, les couples allaient nettement mieux au fil de la thérapie (Spengler et al., 2024). D’autres approches peuvent aussi fonctionner, à condition que vous vous sentiez en confiance, des deux côtés, avec la personne qui vous accompagne.

Si votre partenaire ne souhaite pas encore venir, vous pouvez entamer une thérapie individuelle : une seule personne peut déjà changer sa part du cycle.

Et une limite compte plus que n’importe quel style, dans n’importe quel couple. L’humiliation, les menaces, le contrôle ou la violence de la part de votre partenaire ne s’excusent pas par le style d’attachement, et il ne s’agit pas d’un « cycle » à comprendre et à accepter. Si c’est ce que vous vivez, votre sécurité passe en premier : tournez-vous vers des personnes de confiance ou vers une ligne d’écoute.

Questions fréquentes

  1. Un couple anxieux-évitant peut-il devenir plus sécure ?
    Oui, et la relation elle-même peut être le bon endroit pour cela. D’après un modèle théorique, c’est dans les situations qui renforcent la confiance en soi que l’anxiété s’atténue, et l’évitement diminue quand s’appuyer sur une personne proche se révèle sûr et gratifiant (Arriaga et al., 2018). C’est encore une hypothèse, mais elle résume ce qu’un couple gagne aux promesses tenues et aux pauses qui ne se transforment pas en disparitions. Pour aller plus loin : comment l’attachement évolue au fil des années.
  2. Comment savoir qui de nous deux penche vers l’anxiété et qui vers l’évitement ?
    Le plus fiable, c’est de passer le test à deux. Il mesure l’anxiété et l’évitement séparément, et il arrive souvent qu’une personne ait des scores élevés sur les deux axes, ou sur aucun. Le schéma du couple est alors plus complexe qu’un simple jeu de poursuite et de retrait. Le comportement donne aussi des indices : pendant une dispute, qui continue d’écrire et insiste pour parler, et qui se tait et s’en va ? Mais c’est une observation, pas un résultat de test.
  3. Faut-il se séparer si l’on se reconnaît dans ce cycle ?
    Se reconnaître dans ce cycle ne veut pas dire que la relation ne fonctionne pas. Cela veut dire que vous faites face à un problème que l’on peut nommer et sur lequel on peut travailler : convenir du déroulement des pauses, changer la façon d’ouvrir les conversations difficiles, vous faire accompagner. Rester ensemble ou non est une décision qui vous appartient, à vous deux, fondée sur la relation dans son ensemble plutôt que sur une combinaison de styles. Si vous ressentez de la peur ou de l’humiliation auprès de votre partenaire, votre sécurité passe d’abord.
  4. Peut-on interrompre le cycle si une seule personne fait des efforts ?
    Dans une certaine mesure, oui. Le cycle se joue à deux : quand une personne change sa façon de réagir, il devient plus facile pour l’autre de répondre autrement. Dans des observations de couples, une demande faite en douceur faisait nettement baisser la colère et le retrait chez la personne évitante (Overall et al., 2013). Mais une relation qui repose pendant des années sur les efforts d’une seule personne est épuisante. Observez l’énergie que cela vous demande, et dites-le à voix haute.

Sources (10)

  1. Arriaga X. B., Kumashiro M., Simpson J. A., Overall N. C. (2018). Revising working models across time: Relationship situations that enhance attachment security. Personality and Social Psychology Review, 22(1), 71-96.
  2. Beck L. A., Pietromonaco P. R., DeBuse C. J., Powers S. I., Sayer A. G. (2013). Spouses’ attachment pairings predict neuroendocrine, behavioral, and psychological responses to marital conflict. Journal of Personality and Social Psychology, 105(3), 388-424.
  3. Conradi H. J., Noordhof A., Kamphuis J. H. (2021). Satisfying and stable couple relationships: Attachment similarity across partners can partially buffer the negative effects of attachment insecurity. Journal of Marital and Family Therapy, 47(3), 682-697.
  4. Domingue R., Mollen D. (2009). Attachment and conflict communication in adult romantic relationships. Journal of Social and Personal Relationships, 26(5), 678-696.
  5. Frazier P. A., Byer A. L., Fischer A. R., Wright D. M., DeBord K. A. (1996). Adult attachment style and partner choice: Correlational and experimental findings. Personal Relationships, 3(2), 117-136.
  6. Kirkpatrick L. A., Davis K. E. (1994). Attachment style, gender, and relationship stability: A longitudinal analysis. Journal of Personality and Social Psychology, 66(3), 502-512.
  7. Millwood M., Waltz J. (2008). Demand-withdraw communication in couples: An attachment perspective. Journal of Couple & Relationship Therapy, 7(4), 297-320.
  8. Overall N. C., Simpson J. A., Struthers H. (2013). Buffering attachment-related avoidance: Softening emotional and behavioral defenses during conflict discussions. Journal of Personality and Social Psychology, 104(5), 854-871.
  9. Simpson J. A., Overall N. C. (2014). Partner buffering of attachment insecurity. Current Directions in Psychological Science, 23(1), 54-59.
  10. Spengler P. M., Lee N. A., Wiebe S. A., Wittenborn A. K. (2024). A comprehensive meta-analysis on the efficacy of emotionally focused couple therapy. Couple and Family Psychology: Research and Practice, 13(2), 81-99.

Vérifié le 9 octobre 2026

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